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Chapitre 3

Mercredi 20 août 2008

Rentrée depuis à peine un quart d’heure de son job, Aava soufflait et se décontractait dans un bain bien chaud. La salle de bain connaissait depuis peu, le mariage de la lavande et du miel, qui lui rappelait un peu la Provence et ce tableau de Geneviève Tramoni qu’elle avait vu un jour, où une maisonnette était mise en arrière d’un champ de fleurs aux nuances mauves et qui laissait imaginer des arômes exquis. Quelques bougies chauffe plats éclairaient la pièce et des pétales de roses flottaient à la surface de l’eau, recouvrant la visibilité de son corps nu et donnant à la salle d’eau une ambiance feutrée et romantique à souhait. Pour accompagner le tout, elle avait débouché une bouteille de Saint-Joseph rouge dont elle se délectait dans un grand verre ballon et qui propulsait ses papilles gustatives, grâce à son caractère prononcé et son goût boisé, directement en France, où elle avait toujours rêvé d’aller un jour. C’était, jusqu’à aujourd’hui, le seul moyen qu’elle avait trouvé pour s’évader et oublier toutes ces journées à répétitions et sans fins. Elle oubliait un instant, l’odeur de la sueur des camionneurs mélangée à celle du café et des vapeurs graisseuses qui émanaient de la cuisine, la grossièreté et le manque de savoir vivre de ses patrons et le temps, qui paraissait toujours plus long et ce, jour après jour.

Son désir ce soir était simple. Il était monté sur le toit du motel. La vue que lui proposait le lieu était époustouflante, un lieu ou l’évasion imaginative laissait un grand choix de possibilités différentes en contradiction avec toutes les lois terrestres et naturelles connues. Une chaise, quelques bières, un paquet de Marlboro et de la musique dans les oreilles, voilà ce qu’il fallait à Lévad pour connaitre cette sensation de liberté face à un couché de soleil spectaculaire donnant sur des dizaines de kilomètres de désert.

Elle n’allait plus tarder, les bougies s’éteignaient les unes après les autres, la bouteille de vin allait arriver à sa fin, les pétales de roses avaient coulées dans le fond de la baignoire et sa peau était devenue toute flétrie. Elle sorti de son bain, s’enroula dans un essuie, éteignit les quelques bougies encore persistantes et se dirigea vers sa chambre. Quelques minutes plus tard, l’essuie tomba le long de son corps et elle se glissa dans le plus simple appareil, sous ses draps. Elle entendit au loin, les cris d’une sirène hurlante mais n’y prêta pas d’avantage d’attention. Il ne lui fallu pas plus de 5 minutes pour s’endormir et repartir dans ses rêves ou elle espérait, comme chaque soir, retrouver son idylle fantastique aux allures ravageuses.

Il ferma les yeux, se plongeât, sous la douce mélodie de Streets of Philadelphia de Bruce Springsteen, dans un bain de soleil rouge sang qui semblait ne recouvrir que lui. Un léger courant d’air frais déposait de temps à autres quelques grains de sable fin sur sa main ou son visage et la brise du crépuscule le berçait dans une mélodie encore plus intense que le son sortant de ses écouteurs. Il enleva ses écouteurs, prit une bière, s’alluma une cigarette et referma les yeux. L’astre lumineux avait disparu derrière les collines et c’était la rougeur du tabac en fusion qui lui éclairait à présent le visage. Il commençait à faire froid. Il entendit au loin les sirènes d’une ambulance, elle ressemblait à toutes les autres et pourtant il resta figé quelques instant sans respirer, il replia alors sa chaise, enroula ses écouteurs autour du lecteur mp3, jeta les quelques cadavres de bière dans le terrain a vague qui se trouvait derrière les chambres d’hôtels, mis son paquet de cigarettes en poche, descendit et alla se coucher.