Chapitre 5

22 novembre 2010

J’ai tenté d’ouvrir un œil puis l’autre, mais était-ce la lumière trop agressive ou le soleil trop vif, qui me brulaient tels des charbons ardents coincés bien profond dans mes orbites. Dieu seul savait sans doute depuis combien de temps je dormais. Bien qu’après ayant analysé l’odeur des alentours, les bruits qui me semblaient loin d’être familier mais pas inconnus et surtout avoir été capable d’écarquiller assez mes paupières pour apercevoir une silhouette habillée d’une tenue que je qualifierais de fantasmatique si je n’étais pas couché dans ce lit trop petit et entouré de barreau, Dieu n’était finalement peut être pas le seul au courant de la durée de mon inqualifiable sommeil.

Le jour suivant, une batterie de test et un nombre incalculable de visite de médecin en tout genre plus tard, j’apprenais qui j’étais, enfin, juste ce qu’il était noté sur moi dans le dossier au pied de mon lit, qui soit dit en passant ne mentionnait aucun nom. La demoiselle qui m’apprit la nouvelle répondait au doux nom de Mindy. Je n’avais cessé de lui poser des questions sur elle puisque, à priori, je ne pouvais pas lui dire grand-chose sur moi, si ce n’était ce qu’elle savait déjà. Retrouvé inanimé dans une ruelle entre quelques caisses en cartons et autres bouteilles vides, cela faisait 7 mois, 20 heures et quelques dizaines de minutes que je n’avais pas vraiment respiré naturellement. Une trace de piqure dans le bras et des vêtements dans un état douteux, voilà tout ce qui m’appartenait quand on m’avait retrouvé ce soir d’hiver par mégarde dans une ruelle encore plus douteuse que mon accoutrement. Que m’étais t’il arrivé ?

Au plus loin que je me souvienne, mon dernier souvenir est celui de mon meilleur ami me demandant si j’étais heureux. Bien que l’avenir semble la seule à pouvoir le dire, j’avoue m’être souvent posé la question, enfin je crois. Mon meilleur ami, parlons-en. Bien que je savais qui il était moralement, rien ne me rappelait l’environnement dans lequel il airait, ce à quoi il pouvait ressembler et encore moins comment on l’appelait. Quelque part, saurait été dérisoire que je me rappelle du sien et non du mien, bien que, un avantage considérable voir non négligeable de ma future recherche personnelle en quête de qui j’étais réellement. Si je ne me rappelais pas de tout ça, c’était une histoire de disfonctionnement de mémoire à court ou long terme, je ne m’en souviens plus, j’étais tellement gavé par les mots technique qui sortaient de la bouche de toutes ses blouses blanches que je ne retenais que l’essentiel, j’étais un amnésique c’étant réveillé comme une fleur après un long et rude hiver, un long coma injustifié et si j’avais essayé de mettre fin à mes jours, l’absence de tout souvenirs n’était en aucun cas le résultat de ma tentative de suicide dans un des nombreux motels hideux de l’ouest américain pour, vous vous en doutez, je ne sais quelle raison.

Chapitre 4

11 mai 2009

John Williams, shérif  respecté de son état, se tenait fier et serein devant la scène que ses yeux voulaient bien lui laisser paraitre. A quoi pouvait bien penser cet homme dans le plus profond de son subconscient ? Il restait là, plongé à des milles, dans ses pensées. S’est son adjoint qui le ramena à la dure réalité de l’effroyable horreur qui venait de se produire. A quelques pas de lui, il s’avait déjà ce qu’il allait trouver dans la chambre 23 de ce motel de passes isolé, planté là, au beau milieu du désert du Nevada. Ce n’était pas la première fois qu’il retrouvait des prostituées rouées de coups et laissées sans vie par on ne sait quel malade de passage qui n’avait pas été satisfait de la prestation ou encore, des junkies qui s’étaient entretués pour avoir une dose de n’importe qu’elle saloperie à la mode, qui leur pourrissait les neurones, un par un et détraquait leurs cellules grises jusqu’à ce qu’il se déconnecte totalement de la civilisation moderne. Celle là même, qui avait engendré toute la chaine, de cette machinerie contemporaine, libératrice et destructrice à la fois, qui offrait à toutes les personnes en manque d’attention et d’amour, un plaisir qui n’avait pas de prix et qui envoyait après consommation, une vision toujours plus belle, toujours plus idéaliste, mais aveuglement, toujours plus meurtrière. 

Au seuil de la porte, on pouvait déjà sentir les reflux du sang qui stagnait abondamment dans la baignoire de la minuscule chambre. Le corps, avait été découvert par la femme de ménage, un peu moins d’une heure au par avant. Les lits jumeaux n’avaient pas été défaits et aucune trace de lutte n’était jusqu’alors, remarquable. C’était un simple suicide, comme le shérif williams et son équipe en avait, bien trop souvent l’habitude. L’ambulance arrivée juste avant les services de police, avait déjà fait son travail et était partie pour l’hôpital le plus proche, mais pour cet inconnu, sans papiers d’identité, le sort en était quasiment jeté.

 

Pour elle, encore un matin, encore un automatisme bien huilé jusque à la fin de son service qui se terminerait douze heures plus tard, les pieds en compote, la tête vidée par les sarcasmes de clients pervers qu’elle aurait supporté toute la journée. 

Chapitre 3

20 août 2008

Rentrée depuis à peine un quart d’heure de son job, Aava soufflait et se décontractait dans un bain bien chaud. La salle de bain connaissait depuis peu, le mariage de la lavande et du miel, qui lui rappelait un peu la Provence et ce tableau de Geneviève Tramoni qu’elle avait vu un jour, où une maisonnette était mise en arrière d’un champ de fleurs aux nuances mauves et qui laissait imaginer des arômes exquis. Quelques bougies chauffe plats éclairaient la pièce et des pétales de roses flottaient à la surface de l’eau, recouvrant la visibilité de son corps nu et donnant à la salle d’eau une ambiance feutrée et romantique à souhait. Pour accompagner le tout, elle avait débouché une bouteille de Saint-Joseph rouge dont elle se délectait dans un grand verre ballon et qui propulsait ses papilles gustatives, grâce à son caractère prononcé et son goût boisé, directement en France, où elle avait toujours rêvé d’aller un jour. C’était, jusqu’à aujourd’hui, le seul moyen qu’elle avait trouvé pour s’évader et oublier toutes ces journées à répétitions et sans fins. Elle oubliait un instant, l’odeur de la sueur des camionneurs mélangée à celle du café et des vapeurs graisseuses qui émanaient de la cuisine, la grossièreté et le manque de savoir vivre de ses patrons et le temps, qui paraissait toujours plus long et ce, jour après jour.

Son désir ce soir était simple. Il était monté sur le toit du motel. La vue que lui proposait le lieu était époustouflante, un lieu ou l’évasion imaginative laissait un grand choix de possibilités différentes en contradiction avec toutes les lois terrestres et naturelles connues. Une chaise, quelques bières, un paquet de Marlboro et de la musique dans les oreilles, voilà ce qu’il fallait à Lévad pour connaitre cette sensation de liberté face à un couché de soleil spectaculaire donnant sur des dizaines de kilomètres de désert.

Elle n’allait plus tarder, les bougies s’éteignaient les unes après les autres, la bouteille de vin allait arriver à sa fin, les pétales de roses avaient coulées dans le fond de la baignoire et sa peau était devenue toute flétrie. Elle sorti de son bain, s’enroula dans un essuie, éteignit les quelques bougies encore persistantes et se dirigea vers sa chambre. Quelques minutes plus tard, l’essuie tomba le long de son corps et elle se glissa dans le plus simple appareil, sous ses draps. Elle entendit au loin, les cris d’une sirène hurlante mais n’y prêta pas d’avantage d’attention. Il ne lui fallu pas plus de 5 minutes pour s’endormir et repartir dans ses rêves ou elle espérait, comme chaque soir, retrouver son idylle fantastique aux allures ravageuses.

Il ferma les yeux, se plongeât, sous la douce mélodie de Streets of Philadelphia de Bruce Springsteen, dans un bain de soleil rouge sang qui semblait ne recouvrir que lui. Un léger courant d’air frais déposait de temps à autres quelques grains de sable fin sur sa main ou son visage et la brise du crépuscule le berçait dans une mélodie encore plus intense que le son sortant de ses écouteurs. Il enleva ses écouteurs, prit une bière, s’alluma une cigarette et referma les yeux. L’astre lumineux avait disparu derrière les collines et c’était la rougeur du tabac en fusion qui lui éclairait à présent le visage. Il commençait à faire froid. Il entendit au loin les sirènes d’une ambulance, elle ressemblait à toutes les autres et pourtant il resta figé quelques instant sans respirer, il replia alors sa chaise, enroula ses écouteurs autour du lecteur mp3, jeta les quelques cadavres de bière dans le terrain a vague qui se trouvait derrière les chambres d’hôtels, mis son paquet de cigarettes en poche, descendit et alla se coucher.

Chapitre 2

20 août 2008

-J’ai passé sans doute trop de temps dans ce monde pour voir la pluie et le beau temps dévaler les pentes de ma montagne de vie, mais sans doute pas assez pour connaitre l’amour. Malheureusement le temps, à mon avis, sera trop court pour que je puisse connaitre l’enivrante sensation décrite dans ces bouquins à l’eau de rose, que ma mère lisait quand j’étais gosse, se dit-il en observant la tasse de café encore vide qui lui faisait face.
Plongé dans ses pensées absurdes et pourtant si concrètes vu sa vie, il ne connaitrait sans doute jamais la joie d’être père ou même grand père, les nuits sans fin à cause des premières dents ou encore du stress des premiers jours d’école de ses enfants.
Un : « Je vous sers quelque chose ? Un café peut être ? » Avec une voie si exquise et donnant l’impression de venir de nul par, le sorti de son avenir terne et irréel. Ses yeux se relevèrent doucement, il aperçu une paire de basket classique et blanche, puis une jupe noire arrivant juste au dessus des genoux, un chemisier blanc un peu trop large et enfin un visage ravagé par la lourdeur des années, une haleine vous faisant fumer un paquet de cigarettes rien qu’en la respirant et un sourire inexistant.
« Josiane » était marqué en grand sur un badge, c’était son prénom à cette sorcière qu’on aurait cru voir sortir tout droit d’un vieux conte pour enfants.
- Josie ! S’écriait une voie sortie de la cuisine arrière. Deux fois, trois fois, ça faisait peur à entendre et encore pire a voir.
Derrière le comptoir, un type énorme, à la façon bonhomme Michelin, était occupé à griller des tranches de lard et à cuire en alternance des œufs sur le plat.
- Alors Josie, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? Les clients vont bientôt devoir venir se servir eux même si ça continue !
- Bon écoute mon chou, dit-elle à Lévad, tu comptes rêver pendant encore longtemps ? Parce que tu n’es pas le seul ici !
- Euh, et bien, écouter, je vais juste prendre une tasse de café et un beignet à la confiture s’il vous plait.
Se retournant pour aller retourner à ses occupations, Josiane marmonnait : Ça valait la peine d’attendre aussi longtemps pour ça !
Lévad, entendit mais ne pris pas attention. Après qu’elle ait apporté sa commande, il se plongeât dans la noirceur de son café, croqua dans son beignet qui devait dater d’au moins trois jours et s’évanouit à nouveau dans ses pensées.

Aava ouvrit un œil, puis l’autre. Aveuglée par le soleil et assourdie par le bruit insupportable du réveil qui sonnait déjà depuis un petit temps, elle pria le ciel de lui donner enfin un jour de congé. Elle ouvrit à nouveau un œil, regarda furtivement le réveil qu’elle venait d’éteindre et se leva.
Aller ma vieille, direction la douche ! Dit-elle tout haut.
L’eau glissait sur son corps comme du velours, les courbes de ses hanches étaient magnifiques et dévoilaient plus bas, des jambes infiniment longues ainsi que des pieds très fins. Ses longs cheveux bruns tombant sur ses seins, laissaient deviner une forme parfaite, ni trop gros, ni trop petit.
Sortie de sa douche, ses grands yeux noisette se reflétaient dans le miroir et ses lèvres naturellement pulpeuses feraient sans doute envie à beaucoup d’hommes aujourd’hui, comme tous les autres jours d’ailleurs.
Habillée, maquillée et parfumée, elle sorti de chez elle, sauta dans le premier bus et disparu au loin.

Chapitre 1

20 août 2008

Il marche seul, sur cette route déserte, tracée de bandes jaunes au milieu, garnies de quelques touffes d’herbes et de poteaux permettant à l’électricité de rejoindre les grandes villes aux cantons les plus éloignés.
Lévad, ne sait pas trop pourquoi il marche, mais ça lui fait du bien, un ressourcement intérieur quand on à le cœur dans les talons ne peut faire que du bien de toute façon.
Malgré la maladie, son voyage à la recherche de douceur dans ce monde de brut est loin d’être fini.
Il trace sa destinée a coup de pelles et d’ambitions, des désirs par centaines et juste ce qu’il faut d’hésitation.
Il a peur, il a froid, il sent la fin approcher, la grande faucheuse, ne va pas tarder c’est sûr, mais il continue à avancer, il à la volonté de réussir et de se dire que tant qu’il n’aura pas trouvé l’amour il ne peut pas partir.
Il est déjà 18h04 sur l’horloge de son existence, plus que quelques heures à vivre mais il est sûr qu’il ne regrettera pas ses actes.
Ce n’est certainement pas par bravoure qu’il veut accomplir cela, c’est juste une volonté qu’il avait promis autrefois.
Dans sa tête les pensées se bousculent, les mots sont désarticulés et les idées complètement insensées, mais ça ne l’empêche pas de continuer à marcher.

Elle est serveuse dans un resto routier, au bord de la nationale 5, quelque part entre Redding et Sacramento en Californie.
Sa vie se limite à la découverte de nouvelles têtes à chaque fois que la clochette de la porte se lance dans cette danse sonore interminable qui la fait rêver et l’emmène en aller simple à la Basilica Santa Maria Del Fiore de Florence.
Aava, du haut de ses 22 ans, n’a eu aucun mal à trouver sa place dans ce lieu de passage où la vie fait croire à l’ambiance de Bagdad Café, car oui, amatrice de projections cinématographiques, elle aime les films comme ça.
Seule, solitaire, elle supporte sans trop de mal son patron qui à la fâcheuse tendance de déformer son prénom et sa femme, toujours assise derrière la caisse enregistreuse à se limer les ongles et à fumer ses Marlboro.
En attente éternelle du prince charmant, elle se laisse penser qu’un jour, un homme doté d’une classe à l’italienne avec le charme d’un espagnol ténébreux et la prestance d’un gentleman anglais viendra l’enlevé de cette situation à la limite du supportable, pour une existence de rêve dans une propriété ou faune et flore se mélangeraient avec subtilité, mais le rappel à l’ordre d’un camionneur peu respectueux, en attente de son café la ramène, malheureusement, bien trop souvent à la réalité.